vendredi 23 mai 2008

Matisse : la leçon de musique



Encore un tableau, enfin une image de tableau extraordinaire... On est à la fois dans une maison bourgeoise, en train de vivre une scène familiale très classique, la maman qui fait de la musique avec le fils, le papa qui lit dans le salon, un autre enfant ou un ami ou on ne sait qui dehors...Bon, un schéma familial un peu trop classique, mais on est au début du siècle... A part ça, la profusion de couleur donne sa beauté à l'oeuvre.. Quels mots employer pour le décrire? La vie est là? Peut-être vaut-il mieux ne rien dire...Du coup j'ai cherché un poème pour accompagner ce tableau, ce n'est pas parfaitmais j'aime bien ces associations ...

Le jardin et la maison

Voici l'heure où le pré, les arbres et les fleurs
Dans l'air dolent et doux soupirent leurs odeurs.

Les baies du lierre obscur où l'ombre se recueille
Sentant venir le soir se couchent dans leurs feuilles,

Le jet d'eau du jardin, qui monte et redescend,
Fait dans le bassin clair son bruit rafraîchissant ;

La paisible maison respire au jour qui baisse
Les petits orangers fleurissant dans leurs caisses.

Le feuillage qui boit les vapeurs de l'étang
Lassé des feux du jour s'apaise et se détend.

- Peu à peu la maison entr'ouvre ses fenêtres
Où tout le soir vivant et parfumé pénètre,

Et comme elle, penché sur l'horizon, mon coeur
S'emplit d'ombre, de paix, de rêve et de fraîcheur...

Anna de Noailles

dimanche 18 mai 2008

Pieter de Hooch, la cour d'une maison à Delft, 1658Puisque j'ai décidé de dire tout bêtement ce que m'inspire chaque tableau, pour celui-ci ça va être


J'adore ce tableau.
Celui-là me ramène tout simplement à la maison de mes grands-parents dans le Poitou. Nous allions parfois à la ferme chercher des oeufs ou du lait, et si les gens étaient habillés très différemment, le décor me rappelle vraiment ces fermes du Poitou : le seau, et les portes en bois, toujours bringuebalantes et abîmées. Le balai, également.
Et pourtant, les briques des maisons évoquent le Nord, et c'est bien différent : preuve que l'on ne voit que ce que l'on ne veut voir, mais c'est ainsi, et c'est très bien.
J'aime aussi le regard de la petite fille et celui de la femme qui lui tient la main. Que dit l'enfant? Moi, j'entends : "Dis, tu vas faire un gâteau?" Et la femme répond, comme je le fais moi-même : je termine d'abord mon rangement, et après on verra. Peu m'importe le réalisme!!!
Pendant que la femme et l'enfant échangent des regards gentils et complices, la deuxième femme, par la porte, attend. Quoi? Le retour de quelqu'un qu'elle aime? Un messager? Son mari? Son enfant? Je ne sais.

mercredi 14 mai 2008

La presse française est-elle muselée, aveugle, ou stupide?

C'est la guerre au Liban depuis 8 jours.

Non, avant ces 8 jours, ce n'était plus la guerre. C'était, disons, une démocratie fragile, branlante, difficile, secouée.

Depuis 8 jours, un parti religieux intégriste, le Hezbollah, originairellement formée pour lutter contre Israël, a retourné, sous de fallacieux prétextes, ses armes contre les Libanais eux-mêmes.

Ces évènements remettent à jour les divisions libanaises.

J'ai hésité à écrire ce post, parce que je n'ai rien d'une journaliste politique. Moi aussi, je trouve le Liban compliqué. Moi aussi, comme me le disent certaines personnes de mon entourage, j'ai l'impression que c'est toujours un peu la merde au Liban. Mais moi, j'essaie de m'informer, de lire, de me bouger.
Et ce faisant, j'ai du mal à comprendre, mais il existe des choses complexes (les motivations précises et exactes des différents acteurs politiques du Liban) et des choses simples : une tentative de prise du pouvoir et de contrôle d'un pays, illégale et forcée : ça, je comprends. les motivations, je m'en fous : c'est illégitime, parce que la force est employée ; que le parti en question gagne des élections!! et alors il sera, le plus légitimement du monde, au pouvoir.

Quoiqu'il en soit, mon sujet n'est pas le Liban, mais les médias français. En effet, leur attitude depuis le début de ces évènements me dégoûte ; je n'ai pas une image très positive des médias de mon pays mais ça ne s'arrange pas.

Les évènements ont débuté le 7 mai : personne, ou presque, n'en a parlé.
Il a fallu attendre le samedi 10 mai pour que le sujet soit évoqué.
Sarkozy, qui frétille et piaffe à l'idée de communiquer sur n'importe quoi, et nous a pondu deux vidéos terrifiantes de ridicule pour sauver Ingrid de Bétancourt, demeure muet : tant qu'à faire, il pourrait aussi envoyer une video au Hezbollah en lui demandant de cesser de prendre le peuple libanais en otage et en faisant appel aux bons sentiments du Hezbollah? Il y a des Français au Liban, en nombre plus important que dans la jungle amazonienne. Ce serait ridicule, certes, mais puisqu'il semble amateur de discours stupides, ce serait toujours mieux que rien.
Kouchner se dit préoccupé, et appelle plus ou moins au calme : quand deux enfants se battent dans une cour de récréation, se tenir en hauteur et énoncer des vérités génrales sur la nécessire tolérance ne sert à rien.
Le Hezbollah, un parti extémiste, intégriste, financé rien moins que par la Syrie et l'Iran, prend le pouvoir au Liban et tout le monde tourne la tête?
Certes, l'actualité ne joue pas en sa faveur : le Liban ennuie tout le monde, et il y a eu un cyclone en Birmanie et un tremblement de terre en Chine ; alors laissons des gens qui en ont fait un mode d'existence se taper dessus, est-ce l'idée? et occupons-nous des vraies victimes (les Libanais, à se taper dessus comme ça, ne l'ont -ils pas un peu cherché?).

J'arrête de blaguer : UN PARTI MUSULMAN INTEGRISTE CHERCHE A PRENDRE LE POUVOIR AU LIBAN ET PERSONNE N'A RIEN DE PERTINENT A DIRE?

Ne convient-il pas de défendre et de soutenir les MUSULMANS normaux qui ne souhaitent pas se retrouver prisonniers d'une dictature?
Ne convient-il pas au moins d'en débattre, je suis sûre que mon point de vue n'est pas partagé par tous, mais PARLONS EN, discutons, ne laissons pas UN COUP D'ETAT ILLEGITIME se faire en silence????

PARLER. INFORMER.
Bien, pour ceux qui veulent des infos, je dis bien des infos, il faut débattre et discuter, j'ai mon point de vue et je n'écris pas ces lignes pour l'imposer (de mon minuscule promontoire !!!!) mais pour rappeller qu'il faut en parler.
Pour ceux qui vuelent des infos, deux blogs me semblent essentiels.

A window in Lebanon (un peu acrobatique à suivre, surtout le fil de comm, mais un commentateur traduit les infos arabes, ce qui permet, je répète, de s'informer).

Chroniques Beyrouthines (plus facile à suivre).

Il existe d'autre blogs, mais ils sont plus personnels, et quoiqu'intéressants, informent moins.

Au passage, la bourde de France 2 : je ne commente même pas, on voit que les journalistes français sont professionnels.

mardi 6 mai 2008

Projets

Je peine à alimenter ce blog parce qu'influencée par d' autres blogs, divers et variés, et pour d'autres raisons aussi, je ne sais que dire. Ou plutôt, dans ce que j'aime, que choisir.
Peu à peu, tout doucement, l'idée s'est imposée, elle se modifiera peut-être.
Je voudrais dédier ce blog aux belles choses ; c'était mon idée, mais je voulais me limiter à la mode ou aux photos que je peux voir, ça et là, sur le web. Or, je ne flâne pas toujours sur le Web à la recherche d'images, ou je ne cherche pas des images de vêtements tout le temps ; c'est plutôt au petit bonheur la chance et selon mon humeur.
Or, j'aime, ou je suis saisie par moment de désirs de poésie, ou de peintres, voire de romans. Ou de musiques. J'ai donc décidé de parler de tout ce qui, par le simple charme des sens, ou de l'esprit, me, et peut-être nous, transporte. Je crois que je tiens le fil, ou un premier petit brin du fil qui m'intéresse. Mes tâtonnements n'ont pas été vains.

jeudi 1 mai 2008

Matisse, la Desserte : Harmonie en rouge.



Je ne sais pourquoi je me sentais triste, ce soir. Une difficulté à me fixer, à me poser. L'impression que la vie est moins belle qu'avant.
Et puis j'ai cherché un tableau de Matisse et j'ai vu celui-là. Il m'a redonné de l'énergie.
j'aimerai savoir ce que j'y ai vu :
Ce rouge très fort, certainement.
Les guirlandes décoratives bleus comme celles qu'on voyait sur les papiers peints. Je suis dans la chambre chez mes grands parents, je me réveille, et le papier porte des guirlandes bleues.
Des fruits et les restes d'un repas : c'est le plein jour, il est deux heures, ou trois heures, et les convives sont partis.
Où sont-ils? Dans le jardin? peut-être font-ils une promenade?

jeudi 24 avril 2008

Solitude

Je m'interroge beaucoup sur la vie en société. L'une de mes interrogations les plus fréquentes est : peut-on avoir des amis?

On considère généralement que oui. La plupart des gens ont des amis, et semblent très heureux. Je n'ai pas eu le temps d'observer toutes les amitiés, mais la plupart de celles que j'ai vu m'ont semblé passagères ou aveuglées, c'est-à-dire que seule l'habitude liait les gens.

Personnellement, je suis dans une situation étrange. J'ai eu beaucoup d'amis. Je suis encore très entourée. Je déplore, très concrètement, la surcharge de mes week-ends, et, il y a deux, ans, avec mon mari, nous avons décidé de n'accepter qu'une sortie par week end, et de nous réserver un week-end de libre par mois.

Je ne confonds pas l'amitié avec la vie sociale, mais mes amitiés se sont étiolées au fur et à mesure que ma vie sociale s'étoffait. Cette phrase donne l'impression qu'il y a un lien, mais je ne crois pas.
Essayons de décrire les choses : j'avais des amies, je les aimais beaucoup, mais chacune possédait des traits de caractères aux quels je n'adhérais pas, de même, chacune n'aimait pas quelque chose d'important pour moi. Je donne un exemple simple : j'aime les barbecues à la campagne, non pas systématiquement, mais de temps en temps : ma meilleure amie n'aime pas du tout cela. Impossible donc de passer un bon moment avec elle, en mangeant une stupide saucisse grillée avec de la salade. Il serait peut-être intéressant et amusant de raconter, dans le cadre de ce blog, les raisons très diverses pour lesquelles cela n'a pas été possible, ou les problèmes qui en ont découlés. Du reste, la plupart des gens que je connais n'aiment pas l'aspect populaire du barbecue, et préfèrent un repas extérieur, sur une terrasse, pas facile à mettre en place si l'on manque de matériel culinaire approprié (un four et des plaques gaz).
Je visite des musées, rarement, mais systématiquement. Aucune de mes amies n'a pu le faire avec moi. Certaines consentent à m'accompagner à une expo : alors que celles qui sont intéressantes sont généralement bondées. Mais aller modestement visiter un petit morceau de Louvre n'est possible à personne. Je le fais seule. Les raisons : "le Louvre??? C'est toujours pareil" (et là, je dois faire des efforts pour rester calme ; même parmi des professionnels de l'art, je suis persuadé que le Louvre et ses fonds infinis recèlent constamment des secrets) ou bien " oui mais avec les enfants c'est pas possible..." (or, on peut, même de force, les emmener, ils ne paient pas, et réduire la visite à une heure, en l'axant sur des thématiques qui leur plairont : encore une fois, le Louvre est vaste, et rare sont les enfants qui n'aiment pas les salles égyptiennes). "Ah non tu vois moi il faut que je sois en vacances pour aller au musée".
J'ai pris goût à mes visites solitaires, d'autant qu'elles sont rares (pas plus de 3 fois par an, les aléas de la vie).
Mais curieusement, j'ai pu faire des barbecues avec des collègues, dont la présence, cependant, me procure moins de plaisir que celle de mes amies ne m'en auraient procurés. J'ai visité le musée d'Orsay avec une ex-collègue que je n'apprécie pas autant que mes amies, mais dont j'ai aimé l'enthousiasme.
Alors?
Mes difficiles amies, je les vois moins, et il me semble que nous évoluons.
Mes relations un peu insipides, je les vois de temps en temps, dans des cadres précis. Je suis toujours ahurie que des gens m'appellent et me proposent des activités. Je crois que si je me voyais, je ne m'apprécierais pas...
C'est étrange.
Le pire étant mes "meilleures" amies.
L'une m'a, sans s'en rendre compte, je crois, beaucoup blessé il y a deux ans, et, comme, déjà avant, nous nous voyions peu, et uniquement quand j'appelais, vu que je laisse passer le temps... Disons que j'attends de voir, j'attends son appel, une proposition de repas, d'entrevue... Rien. J'ai pris de ses nouvelles quatre fois, et elle est très occupée. je sais cependant que j'ai toujours de l'affection pour elle : car penser à elle me rend triste.
L'autre, c'est différent. Elle m'a aussi fait beaucoup de peine il y a deux ans, mais comme je l'aime beaucoup, j'ai décidé d'aller au delà, alors que j'avais été bouleversée et fachée, nous nous sommes revues et reparlées. Mais ça n'est pas comme avant. C'est comme si je m'éloignais d'elle, par le coeur, et que mon esprit le constatait et le déplorait, impuissant : car je voudrais ne pas lui en vouloir : mais je ne peux pas.
Je suis peut-être trop dure, trop exigeante. C'est tout à fait possible.
En ce cas, je mérite la solitude qui m'entoure.

mardi 22 avril 2008

Les mangeurs de pommes de terre (Van Gogh)/ Aprement ( Verhaeren)

J'aime beaucoup la poésie. Certains poètes usurpent un peu leur réputation, ce me semble, et Emile Verhaeren ne me paraît pas des meilleurs ; ce poème-là me plaît cependant par ce qu'il évoque.
Il me rappelle "ces gens-là", de Brel, et les Mangeurs de pommes de terre, de Van Gogh. Tout un univers de travail, d'austérité, et sans parole. Ou très peu. je connais bien de telles personnes : la famille de mon mari en fait partie. Bien que je les trouve agaçants et difficiles à supporter, ce sont ces gens qui ont fait la France.. la Belgique.. l'Europe.


Les mangeurs de pommes de terre, Vincent Van Gogh, 1885.
(Emile Verhaeren est né en 1855 et mort en 1916 : on est dans le même monde)

Aprement

Le jour
Ils se croisaient dans leur étable et dans leur cour,
Leurs durs regards obstinément fixés à terre ;
Et tous les deux, ils s'acharnaient à soigner mieux,
Elle, ses porcs, et lui, ses boeufs,
Depuis qu'ils se boudaient, rogues et solitaires.

Ils s'épiaient du coin de l'oeil, dans leur enclos,
Avec l'espoir secret de se surprendre en faute.
Mais elle était toujours de corps ferme et dispos
Et lui travaillait dur et tenait la main haute
Sur la grange et le champ.

Ils se mouvaient, pareils à deux blocs de silence,
Faits de sourde rancune et d'âpre violence :
Aux trois repas, ils attablaient, farouchement,
Face à face, leur double entêtement.
Ils gloutonnaient, à bouche pleine,
Leur pain compact
Réglant leurs coups de dents sur le tic tac exact
De l'horloge de chêne ;

Quand leur bru s'en venait, le dimanche, les voir,
L'un disait, à voix haute, pesante et lente,
Ce que l'autre devait savoir
Pour les achats et pour les ventes,
Et l'accord se faisait, sur la somme, sans plus.
- Oh ! qu'ils étaient ardents et résolus
A tordre d'un gain minime
Le plus humble centime ! -

La nuit,
Dos à dos, ils s'étendaient dans leur vieux lit,
Chacun guettant l'aurore
Pour être seul à travailler
Dans le fournil ou le grenier,
Quand l'autre s'oubliait à reposer encore.

Ainsi
Leur bien grandit,
Grâce à leur âcre et morne souci
D'être toujours sans défaillance et sans merci,
Et de vivre, durant des mois et des années,
A mâchoire fermée.