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mardi 6 janvier 2009

La Madone de Benthala, de Hocine Zaourar



Autre image extraordinaire, à la suite de ma découverte, par hasard, sur le blog de Livia.

J'ai trouvé des informations très intéressantes.
La photo a été prise par hasard ; on a dit qu'elle représentait une femme ayant perdu ses huit enfants (plus dramatique) mais elle a perdu en réalité son frère, sa belle-soeur et sa nièce. la photo a été primée, mais le pouvoir algérien la craint et le journaliste est poursuivi et menacé.

Cette photo est celle d'une personne abimée dans la douleur. Son regard montre qu'au moment où elle a été prise, elle n'appartient plus au monde. Sa douleur la sépare du monde réel.

Cette photo est profondément humaine : tous, nous pouvons nous retrouver dans cette situation. Nous sommes un peu tous l'autre femme, qui tente de retenir celle qui souffre, totalement étrangère à sa douleur, mais compatissante.

Comme cette photo a été prise dans un contexte de guerre civile, on a pu dire qu'elle reflétait, sans la montrer, la guerre : le reflet de la guerre est dans le visage de cette femme.

Cette photo révèle le talent des peintres classiques. Je n'en doutais pas, mais, dans mon monde aussi, protégé, je n'ai jamais porté attention à la réprésentation de la souffrance ou de la douleur. Le visage de cette femme, semblable à certains tableaux, révèle l'expérience de la vie de certains peintres qui ont bien du voir de tels visages pour les représenter.

jeudi 1 janvier 2009

La pieta du Kosovo, Georges Mérillon


Sur le blog de Livia, je tombe sur une photo extraordinaire, dite "la pieta du Kossovo".

Cette photo est magnifique par sa lumière et sa composition. Elle me fait penser à des peintures italiennes du Quatrocento, mais lesquelles? car en cherchant, je ne suis tombée que sur des Pieta aux visages apaisés. Ce qui me surprend. Je vais continuer à chercher.

Infos trouvées :

Le magazine Time a d'abord refusé la photo, car il ne s'intéressait pas au Kosovo. L'image ne sera publiée qu'au printemps de 1990, en tout petit dans l'Express, puis peut-être dans le Figaro Magazine.

Des équipes de télévision étaient passées avant le photographe. Il a attendu que les spots soient retirés pour avoir une lumière plus normale (sans surexposition). Une partie de la photo est un peu dans l'obscurité. Il y avait, selon les souvenirs de Georges Mérillon, une sorte de buée. La lumière adoucissait tout. Pourtant les gens étaient dans un état de désespoir et de révolte.

François Mitterrand aurait été le premier à parler de cette photo dans VSD. Il a écrit en marge deux phrases : "Comment ne pas penser à Mantegna et Rembrandt, la douleur a toujours même visage". "Il faut s'attaquer au plus tôt au problème des minorités en Europe". (En réalité ça ressemble plutôt à du Caravage).

jeudi 23 octobre 2008

Dada, Miro, etc - 2

Je reprends, je vais reprendre sur les poètes surréalistes.
Bon, après mon instit fan de Miro Picasso etc, j'ai eu le fan d'Aragon - Eluard - Brassens. c'était l'époque où l'on apprenait de vrais poèmes, pas des trucs débiles spéciaux pour écoles primaires...
Bref, avec d'autres instits j'ai eu Victor Hogo et Veraline, mais avec lui, Aragon et Eluard.

Quand on y réfléchit un peu, le ciel est bleu comme une orange, ça vaut Miro, mais à l'époque je ne raisonnais pas comme ça (je ne raisonnais pas du tout), et je préférais la poésie. Surtout Aragon.

Mais là où je ne comprenais rien,c 'est quand les artistes se sont excités sur Dada. Le mouvement dada. Alors, moi, Dada, ça n'est jamais passé. je ne comprenais pas ce que c'était, du tout, du tout.

Je cite un extrait d'un site sur Dada.

"DADA. On appelle Dada le mouvement intellectuel et artistique qui, né à Zurich en 1916, s'est étendu à l'Allemagne, la France et les Etats-Unis. Il a perdu sa virulence à partir de 1923 et s'est fondu, en France, dans le surréalisme. Il doit son nom à Tzara, qui l'aurait inventé en feuilletant au hasard un dictionnaire. On lui doit aussi ces définitions : "Dada place avant l'action et au-dessus de tout : le doute. Dada doute de tout. Dada est tatou. Tout est Dada. Méfiez-vous de Dada." Et : "Nous ne reconnaissons aucune théorie. Nous avons assez des académies cubistes et futuristes : laboratoires d'idées formelles. Fait-on l'art pour gagner l'argent et caresser les gentils bourgeois ?" [...]

Je ne vois pas à quoi cela correspond.
Et puis là, je crois que je tiens une piste.
Comme vous le voyez, cette vieille incompréhension de Dada me trouble depuis longtemps, et le question reste posée en moi depuis longtemps. Or, dernièrement, en me baladant sur un blog, j'ai compris, il m'a semblé qu'une blogueuse que je lis parfois voulait parler de sujets drôles de façon un peu systématique à cause de la crise. On a échangé quelques mails, elle m'a dit que oui, elle éprouvait une certaine angoisse et pour lutter, elle avait envie de s'obliger à rechercher des trucs drôles, sketches et autres, pour "lutter" contre son angoisse.
Idée pas bête, et que je ferais bien moi-même de mettre en oeuvre.


J'ai été frappée par cette idée, et je l'ai relié au mouvement Dada. Je me suis dit que face aux horreurs de la première guerre mondiale (on a l'impression qu'elles sont "battues" par celles de la deuxième ; mais c'est que nous connaissons la deuxième ; mais ceux qui vivaient en 1919 ne savaient pas ce qu'ils découvriraient en 1949 ; ils ont été sous le choc des "horreurs" "simples" des tranchées ; après, des évènements beaucoup plus horribles ont eu lie :amis en 1916, on ne savait pas qu'on pouvait aller encore beaucoup plus loin dans l'horreur), certains artistes avaient pu répondre par Dada. ça m'a intéressé.

Je dois impérativement me documenter là dessus. Mes prémisses sont les suivantes : les artistes de l'époque vivaient dans un monde dominé par la puissance de la raison. Leur culture provenait des classiques, de l'étude, de la littérature. Même s'ils cherchaient à "secouer" les auteurs ou artistes classiques, ils en étaient les enfants. (mais il faut que je réfléchisse plus à cela).

Or, voilà que ce monde "classique" européen, ces idées basées, un peu sur la raison, un peu sur Dieu, voilà que ce monde européen plein de suffisance et qui d'ailleurs colonise pas mal en dehors (là aussi, il y a une réflexion à creuser), persuadé qu'il doit apporter quelque chose au monde extra européen (ce en quoi il n'a pas forcément totalement tort - l'erreur ayant été de croire trop exclusivement en lui, sans chercher à voir s'il ne pouvait pas recevoir aussi, des mondes extra européens), ce monde européen vient de vivre une guerre atroce, dans laquelle on a plus qu'auparavant nié l'humanité et traité les hommes (les soldats) comme des choses. Les gouvernements ont envoyés les soldats au casse pipe sans état d'âme (le pire étant les soldats russes dont certains sont allés au front sans armes), ils ont pratiqués la propagande, etc.
Aujourd'hui on a, si je puis dire, l'habitude : on soupçonne par défaut les gens de concussions, d'intérêts cachés, etc. Mais si nous faisons cela, si nous sommes maintenant si malins et si blasés, c'est qu'il y a eu le 20ème siècle.

Or les artistes du 20ème siècle, quand ils se sont retrouvés face à cette déferlante de "mal", à ce nouvel état d'esprit de leur monde jadis si policé et si bien organisé, qui croyait tant en lui-même, et avec tant de sincérité (une sincérité bête, peut-être, mais touchante : je crois que ces artistes sont les petits enfants de la Révolution, une boucherie, mais aussi le désir d'amener le bonheur en Europe ; mais on a trop regardé l'intention des révolutionnaires et pas assez leurs actes, comme ceux de Napoléon, par ex), les artistes ont du se sentir remplis d'horreur. D'où ce mouvement, basé sur le doute. Et ce mouvement, en fait, nous sommes encore dedans. c'est peut-être pour cela que je ne le voyais pas : nous doutons tout le temps.

En fait nous hésitons entre la sincérité et le doute : par ex nous voudrions bien croire qu'Obama est un type sympa et que McCain est un affreux : mais moi, par ex, je pense qu'Obama ne vaut pas nécessairement beaucoup mieux que son adversaire : l'impopularité de la guerre en Irak fait qu'Obama porte les espoirs, je dirais presque du monde entier, je dis ça car je connais des gens qui pensent en raccourci que le Président des Etats-Unis est le Président du monde (tant notre monde est pauvre en idées) - mais Obama arrêtera-t-il cette guerre s'il est élu? Qui vivra verra : il sera peut-être, arrivé à ce poste, convaincu de la nécessité POLITIQUE de continuer la guerre, à son corps défendant ; et s'il l'arrête, les conséquences en seront-elles exclusivement positives? (Je dis cela car en s'attaquant à Sadam Hussein, les Américains ont ouvert le boîte de Pandore : maintenant qu'elle est ouverte, que faire?).
Je ne fais là que poser des questions, je ne prétends pas détenir les réponses. Mais je veux monter que je doute. Et je ne suis pas la seule : nous doutons des motivations de notre président, ou plutôt, à force d'avoir des doutes, nous avons d'affreuses certitudes : il nous semble bien matérialiste. Il serait peut-être devenu président pour sa carrière personnelle : la reconversion dans le privé sera plus facile après un tel poste. A la limite, il y aura peut-être des journalistes ou d'autres hommes politiques pour traiter de naifs ceux qui auraient pensé qu'un président veut "servir la France" ou "se mettre au service des français". Le monde n'est plus comme ça. Maintenant les ambitions des hommes politiques sont personnelles, et l'idée c'est qu'ils nous "entraînent" dans leur égoisme : ils veulent accroitre leur pouvoir et s'en mettre plein les poches : merci à eux d'être aussi francs ! et à nous de nous précipiter derrière eux pour tenter d'en profiter. Et si on ne le fait pas, on a tort.

Dada a pris tout notre monde : nous doutons, nous ne croyons plus en rien, nous aurions même honte de "croire". En tout cas, moi, je ne peux plus croire en la sincérité de personne, et pire : si jamais une personne est sincère, je me demande à quoi ça sert.

Je conclurais avec cette phrase de Prévert, atroce, mais moderne, et qui ne choque que moi : "Qu'importe de lutter pour la bonne cause, si je ne suis pas sincère? qu'importe d'être sincère, si je ne lutte pas pour la bonne cause?". Tout est pourri, on ne peut croire en rien.

Enfin je ne peux conclure : il faut que je revienne sur un livre de Tzvedan Todorov, lu récemment.

ça a l'air compliqué mais vous pouvez me laisser des comm, je répète : je ne détiens pas la vérité, je la cherche.

lundi 20 octobre 2008

Dada, Miro, etc

Je vais laisser mon coup de blues, pour me souvenir, la prochaine fois, que ça vient, et puis que ça passe.

Par ailleurs, je commence à me poser des questions sur un mouvement intellectuel dont j'ai toujours entendu parler, qui m'a toujours paru incompréhensible, et qui commence à s'éclairer.
Je m'explique.
ça remonte à l'école primaire, j'ai eu deux maîtres fou de peintures et de surréalisme. Enfin l'un fou de peinture, l'autre de surréalisme. Ils ne se connaissaient pas, enfin si mais je veux dire : il n'y avait rien de concerté là dedans.
Donc l'un nous montrait régulièrement des tableaux de Picasso, Dali, Miro, et autres. Je regardais ça avec fascination et je trouvais ça laid. Et, en même temps, je les ai "photographié", dans ma mémoire. Aujourd'hui, pour des raisons psychologiques compliquées, de l'autre de l'histoire de la madeleine de Proust, ce sont de bons souvenirs : Picasso, Dali et Miro me replongent dans mon enfance, et dans la complicité que nous avions entre élèves : nous regardions ces tableaux et nous moquons du peintre. Une fille trouvait ça très beau, et nous la considérions comme une lèche botte. Moi et mes petites copines, ces tableaux nous faisaient franchement marrer. Sauf un ou deux Dali qui me plaisaient.
Guernica, quand le maître nous l'a montré, on a écouté l'histoire avec un peu d'horreur, mais je me souviens d'avoir regardé le tableau sans comprendre : j'avais du "respect" pour ce que cela représentait, mais c'était abstrait. OK, une tête de taureau m'a fait me souvenir que c'était le jour du marché à Guernica. Bon, d'accord. Mais le reste, tous ces traits...
Saisissez-vous ce que je dis? Aucun compréhension, le scepticisme total ; mais je n'ai jamais oublié ces tableaux. ils sont restés en moi, avec un gros point d'interrogation.
Aujourd'hui, il me semble que le "truc", c'est peut-être ça, le point d'interrogation : j'ai vu ces tableaux, ils m'ont fait rire, et avec notre esprit de petites filles bêtes nous plaisantions sur les peintres qui ne voyaient pas clairs, étaient myopes, dessinaient des gens tout tordus... OK. Mais les tableaux sont là, dans mon esprit : alors que j'ai oublié le nom des illustrateurs réalistes de mes livres d'enfants.
Ces tableaux sont en moi, ils font maintenant partis de ma vie : les rires, l'enfance, les questions, et toujours cette idée qui m'est revenue en tête des années après, des années durant : mais est-ce que c'est de l'art?
Et je me dis que oui, puisqu'ils sont restés en moi. Oui, puisque leur souvenir, parfois confus, demeure. Ces tableaux ne cessent de me parler, même s'ils me parlent comme d'agaçantes pipelettes...